Les Jardins vivaces de Charlesbourg
JARDINER EN SOL VIVANT ADAPTÉ À VOS BESOINS DE CULTURE AVEC LES BRF PDF Imprimer Envoyer

PAR JACQUES HÉBERT
février 2014

 

Une partie de mes jardins, un des trois étangs, et derrière, un tas de compost, mulch de BRF



La base d’un bon jardinage passe implicitement par une saine culture de la vie du sol. Il s’agit là d’un réseautage d’inter liens en constantes transformations dans des jeux d’équilibres qui se reformulent constamment.

La plupart des gens pensent que la plante tire de l’énergie du sol et qu’il faut sans cesse ajouter des fertilisants de synthèse (engrais chimiques). C’est trop souvent la vision conventionnelle de l’agriculture contemporaine. Voyons comment un sol vivant et en santé peut faire bien mieux si on peut se joindre à ses harmonies.

PLANTE ET PHOTOSYNTHÈSE

La plante est un immense capteur solaire. Par la photosynthèse, la plante développe, entre autres, des carbohydrates, incluant des polysaccharides (des sucres) et des protéines qu’elle achemine par voie de canalisation descendante jusqu’aux radicelles. Il y a là un suintement des sucres des racines dans la rhizosphère, soit une fine pellicule d’environ un millimètre (1/25 de pouce) entourant les racines, là où il y a inter échange et réserve des nutriments. Ce suintement de polysaccharides sert d’attractant principalement aux bactéries et aux fungi. À leur tour, les bactéries et fungi attirent de plus gros micro-organismes tels que les protozoaires et nématodes qui s’en nourrissent pour remplir leurs fonctions métaboliques. Donc, chaque micro-organisme absorbe ce qu’il lui faut pour vivre et rejette les surplus qui sont recyclés comme nutriments. Chacune de ces familles de micro-organismes cycle et recyle minéraux, nutriments, matière organique, résidus végétaux et animaux et autres composantes, rendant les nutriments assimilables aux plantes et aux autres structures vivantes du sol.

FUNGI

Les fungi ont cette propriété de s’accroître en longueur, localiser et se diriger vers leur source de nourriture, transformer cette nourriture, l’emmagasiner dans un liquide, cytoplasme, contenu dans ses hyphes, et l’acheminer dans un immense circuit réseautique. Ces nutriments seront laissés dans le sol, mais ils seront aussi redistribués vers les différentes plantes de ce réseau. Les fungi sont attirés par le suitement des racines des plantes. Il y a transfert de suintement des racines des plantes, principalement les polysaccharides, contre les minéraux transformés par les fungi. Un fungi peut se développer à une vitesse de 40 microns par minute alors qu’une bactérie type se déplacera d’environ 6 microns dans toute sa vie. Les bactéries pourront voyager avec le support des autres organismes du sol, arthropodes, vers, limaces, oiseaux...

Certains fungi préfèrent une nourriture plus facile à digérer, plus riche en sucre, mais c’est aussi la nourriture des bactéries et ceux-ci sont plus rapides à consommer cette nourriture ayant des sucres plus simples. Les fungi produisent des phenol oxidases, de fortes enzymes qui dissolvent la lignine du bois qui lie et protège sa cellulose. Ces enzymes, comme dans l’estomac, métabolisent même les matériaux les plus difficiles à transformer tels que la lignine du bois, la chitine des carapaces d’arthropodes ou d’insectes et même des os. Les bactéries produisent également des enzymes, mais ils vont se limiter à une nourriture plus facile à digérer et ils vont souvent s’attaquer aux résidus de ce que les fungi ont déjà transformé. Les fungi peuvent absorber le phosphore, le cuivre, le zinc, le fer et principalement l’azote. Le phosphore à l’état pur ou comme fertilisant chimique n’est pas disponible pour la plante, la transformation par les fungi va déverrouiller le phosphore et le rendre disponible pour les plantes. L’azote laissé comme résidu dans le sol, par la seule action des fungi, est transformé en ammonium (NH4+). Les enzymes et les acides des fungi vont nécessairement donner un sol de pH acide. Les fungi sont les principaux recycleurs dans le sol. Ils sont, en cela dans une classe bien supérieure aux bactéries.

Juillet-août

 

BACTÉRIES ET CYCLES DE L’AZOTE

Les bactéries sont des êtres unicellulaires infiniment petits qui ont besoin de s’agripper sinon ils seront lessivés. Ils produisent une vase, une colle, qui permet d’attacher les particules du sol ensemble. Les fungi vont tout particulièrement produire des glycoprotéines, du type glomaline, comme une colle, qui lie les particules du sol et constitue une réserve de nutriments principalement dans la rhizosphère. Les vers de terre en produisent également, de même que la colle sécrétée par les gastropodes (limaces, escargots) en est également. Les bactéries sont peu mobiles. Dans de bonnes conditions, une seule bactérie peut se multiplier, par division cellulaire, en des milliards en quelques heures. Les bactéries ont besoin d’humidité pour bien vivre. Les bactéries produisent des enzymes à l’extérieur de la cellule qui vont briser la matière organique et digérer cette nourriture. Entre autres, par un échange électrique, les nutriments vont traverser la paroi cellulaire et venir se verrouiller à l’intérieur de la bactérie. Tout comme les fungi, les bactéries forment une réserve de nutriments qui sont libérés dans le sol, lorsque d’autres organismes, principalement les protozoaires, et nématodes vont en faire la prédation et contribuer à alimenter le réseau vivant. Chacune de ces familles de micro-organismes constitue un réseau de biotransformation qui affine et rend disponible les composantes du sol sous forme de nutriments tout en étant une structure physique vivante en perpétuelle transformation. On pourra faire un bien meilleur jardinage avec une meilleure compréhension de ces cycles en prenant en considération le milieu, le type de culture, la nourriture et les méthodes culturales adaptées.


« The nitrogen cycle, propelled in part by specialized bacteria, is one of the most important systems in the maintenance of terrestrial life : living organisms produce the vital organic compounds, the building blocks of life - amino and nucleic acids - using nitrogen. The strong bonds holding atmospheric nitrogen (N2) molecules together make this nitrogen inert for all practicable purposes and useless for plant needs. For plants to be able to use nitrogen, it has to be « fixed » - combined with either oxygen or hydrogen – producing ammonium (NH4+), nitrate (NO3-), or nitrite (NO2-) ions. This important process is called nitrogen fixation. … Another part of the nitrogen cycle, the place at which it « starts » in the soil, involves the decomposition of proteins into ammonium (NH4+). This ammonium usually figures as part of the waste product produced by protozoa and nematodes after eating bacteria and fungi. Next, special nitrite bacteria (Nitrosomonas spp. ) convert the ammonium compounds into nitrites (NO2). A second type of bacteria, nitrate bacteria (Nitrobacter spp.), convert the nitrites into nitrates (NO3-). (Lowenfels, p.47-49)

Nouvelle plantation, sol toujours recouvert de BRF


ACTINOMYCÈTES

L’odeur de bonne terre que l’on sent au printemps sur de la terre retournée ou sur un tas de compost stabilisé est causée par les actinomycètes. Ils sont importants dans la formation de l’humus. Alors que les bactéries vivent en surface du sol, les actinomycètes peuvent travailler à plus d’un mètre de la surface. Ils décomposent les animaux et les matières végétales en carbone, azote et en ammonium rendant ces nutriments disponibles aux plantes. Ils se retrouvent dans tout substrat naturel. 5 % et plus de la population de bactéries du sol sont des actinomycètes. La population des bactéries va avoir tendance à diminuer à mesure que les actinomycètes se développent puisque ces derniers ont l’habilité de produire des antibiotiques, des substances chimiques qui inhibent la croissance des bactéries. Un peu comme les fungi, les actinomycètes développent des filaments qui leur permettent de lier les particules du sol. Ils deviennent ainsi trop grosses pour être mangés par leurs prédateurs naturels comme les protozoaires. Les actinomycètes sont particulièrement aptes à décomposer la cellulose et la chitine, deux produits particulièrement difficiles à digérer, des composés carboniques qui se retrouvent dans la composition des cellules des plantes et des fungi. Les actinomycètes peuvent vivre dans un plus large écart de pH du plus acide au plus alcalin.

ARCHAEA

Jusqu’à tout récemment, les Archaea étaient regroupés avec les bactéries. Ils constituent un royaume souche de la vie sur terre. Certains Archaea sont connus pour leur capacité à vivre dans des situations extrêmes de chaleur volcanique, comme dans le froid glacial ou en extrême profondeur, dans des conditions d’extrême acidité... La membrane cellulaire des Archaea contient des lipides alors que celle des bactéries n’en contient pas. Les amino-acides et les sucres contenus dans les Archaea diffèrent de ceux des bactéries. Une étude récente, mettant en comparaison ces différences, confirme, non seulement la présence d’Archaea dans le sol, mais leur dominance dans le processus de fixation de l’azote dans le sol. Ces nouvelles découvertes nous ouvrent de nouvelles fenêtres sur la compréhension du fonctionnement de ces supports de la vie sur terre en constante évolution, et qui sont là, pourtant, depuis l’aube des temps.

PROTOZOAIRES

Alors que les bactéries vont mesurer entre 1 et 4 microns, les protozoaires vont mesurer entre 5 et 500 microns. Les bactéries sont les principales sources d'alimentation des protozoaires.

Les protozoaires sont attirés dans les zones où il y a beaucoup de bactéries en population croissante. La plus petite famille des protozoaires, les flagellés, va pénétrer dans des zones plus restreintes, là où il y a de grandes populations de bactéries et là où les plus grands protozoaires ne peuvent les atteindre. Une autre famille de plus grands protozoaires s'installe, les ciliés. Il y aura assez de nourriture en bactéries pour ces deux familles de protozoaires. Viennent ensuite les familles de plus grands protozoaires, les aoebae qui vont toujours faire la prédation  des bactéries, mais aussi des plus petits protozoaires. Tout cela finit par créer une décroissance des populations de bactéries et une régulation des protozoaires de plus petites tailles, puisque moins il y aura de bactéries, plus les protozoaires de grandes tailles feront la prédation des protozoaires de petites tailles. Ayant moins de nourriture, les aoebae, vont se nourrir des nématodes qui partagent les mêmes sources de nourritures. Il y a ainsi contrôle des populations et des organismes pathogènes.  Ce qui reste de bactéries peut se cacher dans les colles, glycoprotéines, qui sont moins oxygénées, alors que les protozoaires ont besoin d'oxygène pour vivre. Les bactéries étant plus petites, ils peuvent trouver refuge dans les parties les plus exiguës du sol. Les populations de bactéries ayant ainsi diminué, ils ont plus de nourriture, seront plus en santé et se multiplieront plus rapidement et les cycles se multiplient ainsi en boucles continues.

Fungi, bactéries, protozoaires ont besoin d'humidité pour survivre. Lorsqu'il manque de nourriture, de milieu ambiant, dont l'humidité, les fungi, comme les protozoaires, vont tomber dans une dormance, ou  migrer dans des zones où il y aura la nourriture recherchée ou le milieu environnant qui leur est propice à leur survie et à leur multiplication.

Donc, les bactéries et fungi sont attirés par le suintement des sucres des radicelles, les protozoaires vont faire la prédation des bactéries et fungi, en libérant les nutriments qui étaient conservés dans leurs structures cellulaires, rendant ces nutriments, dont l'azote, sous forme d'ammonium ou de nitrate, disponible aux plantes. Tout cela se passe particulièrement dans la rhizosphère, là ou l'inter échange se passe, là où la plante en a besoin. Ainsi, 80% de l'azote transige via les bactéries et fungi, en passant par les protozoaires.

Les protozoaires, tout comme les vers de terre, vont également ingérer des particules plus grossières de matière organique, les réduisant en particules plus fines, les rendant ainsi plus accessibles aux fungi et bactéries. Dans ces processus de cyclage, fungi et bactéries vont favoriser les populations de protozoaires. Les protozoaires vont servir d'alimentation essentielle pour certains nématodes et particulièrement pour les vers de terre. Une faible population de protozoaires entraîne une faible population de vers de terre. Les sols gérés avec mon compost, avec couverture de BRF en mulch, regorgent de vers de terre. Donc s'il y a des vers de terre, il y a des protozoaires, s'il y a des protozoaires, il y a des bactéries et les fungi qui digèrent la jeune lignine.

Tout cela se fait dans un réseautage d'inter liens en constante évolution et transformation.

Élégance, contrastes, volume

 

ARTHROPODES

Les arthropodes, dont les acariens et collemboles, vont broyer la matière organique et la rendre disponible pour les fungi et bactéries. Ils sont reconnus pour être responsables de la transformation de 30 % des feuilles et débris de la litière forestière.

GASTROPODES : LIMACES, ESCARGOTS

Les gastropodes, limaces et escargots, ne passent que 5 à 10 % de leur temps hors du sol. Ils vont brouter les fungi, les algues, les lichens, et les pourritures de matière organique. Ils peuvent digérer la cellulose, produisent des glycoprotéines, et contribuent au cyclage dans le sol. J’ai 200 variétés d’hostas et tous les cultivars de ligularia, qui sont vulnérables aux gastropodes. Mes feuilles sont remarquablement peut trouées par ces gastropodes. Ils ont tout ce qu’il leur faut dans le sol. Les populations polyvalentes d’organismes d’un tel bon sol contribueront aussi à un équilibre des populations de gastropodes.

LIGNINE ET CELLULOSE VS FUNGI ET BACTÉRIES

Les graminées, dont les rognures de gazon, et les plantes annuelles, sont constituées d’une bonne part de cellulose. Ils ont plus de sucres et sont principalement transformés par les bactéries. Le bois est constitué d’une bonne part de lignine. Dans la documentation anglophone, on voit la mention de « wood chips » comme matériel brun pour le compostage. On ne fait pas en cela la distinction entre bois caulinaire et bois raméal. La fine branche et la feuille ont une lignine « jeune » plus riche en sucres, acides aminés, protéines et autres composantes, donc plus riche en éléments nutritifs et plus faciles à bio transformer. Les fungi sont les principaux agents de transformation de cette lignine. Le bois caulinaire, bois de tronc, sert de voix de canalisation de la sève et principalement de structure portante de l’arbre. La lignine du bois caulinaire est beaucoup plus polymérisée, plus lente à se transformer et moins riche en éléments nutritifs à court terme que le BRF. Bien entendu, un tronc d’arbre va se transformer graduellement par les fungi, mais la couche de feuilles et de brindilles va se transformer dans des cycles plus rapides et plus riches.

Broyage du BRF au quotidien: matériel brut, à droite, BRF affiné au bout de la chute

 

LE BOIS RAMÉAL FRAGMENTÉ : BRF

Le bois raméal fragmenté est donc cette fine branche et la feuille. Plus la branche est fine, verte et vivante, plus elle aura d’effet bonifiant pour la vie du sol. J’essaie de sélectionner des rameaux de 5 cm et moins, vert, frais coupés, non contaminés par des maladies ou insectes. Je n’utilise que des essences feuillues et principalement du feuillu climacique : érable, frêne, chêne, tilleul, orme... Certains peupliers, dont le peuplier faux tremble, semblent avoir des effets d’inhibition de croissance, du moins au départ de la transformation, de même que les noyers. Je n’utilise aucun résineux qui, à des degrés différents, peut également freiner la croissance de nos plantes cultivées.

J’ai développé mes propres prototypes d’appareils puisqu’ils n’existaient pas sur le marché aux fins qui me convenaient. La granulométrie du BRF doit être suffisamment fine pour qu’il y ait le plus de surface possible du copeau exposé à l’attaque des micro-organismes. Le copeau ne doit pas être trop fin pour créer une couche compacte, sans air, anaérobique, ce qui peut générer des micro-organismes pathogènes.

Surtout en milieu urbain, lorsqu’on commence à jardiner, le site choisi est souvent compacté, stérile, sans vie. Il faut donner vie, non seulement au futur lieu de jardinage, mais au milieu environnant.

Compost et BRF

 

MON COMPOST À BASE DE BRF

Avec mon compost, j’ai développé une culture de micro-organismes dans un haut taux de matière organique. Je conserve toujours une partie de ma vieille culture de l’année précédente, que je multiplie en l’alimentant principalement de BRF Feuillu frais. Je fusionne 2 à 3 % d’argile à mon substrat tout en faisant coïncider un apport de BRF, ce qui fera monter la température et favorisera la fusion de l’argile au compost. L’argile, même à cette petite quantité, améliore la structure du compost en favorisant le complexe argilo-humique. Je maintiens mon compost à basse température. C’est le ratio compost mature par rapport au nouvel apport de BRF qui déterminera la température. Plus il y aura de compost mature, par rapport à l’introduction de nouveau BRF, moins il y aura de montées de température. L’inverse est aussi vrai. Après l’introduction du BRF au compost, il y a nécessairement montée de température. En général le compost est maintenu à basse température. Mon dernier mélange de la saison pourra atteindre jusqu’à 50 à 60 degrés C, la concentration de BRF étant plus élevée. Un mois plus tard, je fais baisser la température entre 30 et 40 degrés C dans tout le reste du parcours en humectant le tout avec de la neige. Le compost sera utilisable à la fin de l’hiver. Le tout est oxygéné à plusieurs reprises et même l’hiver pour éviter l’anaérobie. Le mélange doit être homogène.

Les bactéries sont parmi les plus petites, les moins mobiles des organismes du sol. Lorsqu’il y a des changements dans leur environnement, ils ne peuvent s’échapper et laissent la place à d’autres organismes mieux adaptés à ces nouveaux changements. En début du processus de compostage, en phase mésophile (température moyenne) les bactéries et fungi dominent. Ils laissent graduellement la place aux bactéries thermophiles (haute température), qui peuvent vivre à des températures au-delà de 77 degrés C, qui brisent les composantes et dégagent de la chaleur. Quand la stabilité approche, les actinomycètes et les fungi, qui ont été confinés dans les parties les plus fraîches, au moment des températures les plus élevées, recommencent à dominer et amènent une stabilité au compost. Les champignons vont vivre dans des températures entre 21 et 49 degrés C. Dans mes opérations de mélange ou de ventilation, je ne passe jamais tout un tas de compost au complet, ce qui permet de faire des ponts d’une partie de la préparation à l’autre. On l’a vu, dans de bonnes conditions, ces organismes, bactéries, fungi... peuvent se propager à une vitesse impressionnante.

Les bactéries vont transformer les plantes de type cellulosique, plus riches en polysaccharides et plus facilement digestible tel que l’herbe, les annuelles. Ils ne s’attaqueront pas au matériel ligneux tel que le bois. Les fungi peuvent transformer le matériel cellulosique, mais les bactéries sont plus rapides. Les fungi sont les principaux agents de transformation de la lignine. L’utilisation du BRF amènera donc une prédominance fungi, champignon.

En ventilant mes tas de compost, des merles d’Amérique suivent de prêt pour bouffer les vers de terre et autre. Remarquer la couche de mycéliums

 

BESOINS SPÉCIFIQUES : PLANTES DE CYCLES COURTS VS DE CYCLES LONGS

Toutes les plantes n’ont pas les mêmes besoins. Les fungi vont transformer l’azote d’un sol à dominance lignine, dans notre cas, la jeune lignine du BRF, en ammonium. Les arbres, arbustes et vivaces vont préférer un sol dominé par les fungi, soit un azote sous forme d’ammonium, alors que les plantes de cycles courts, tels que les légumes, annuelles et graminées vont préférer un sol avec dominance bactéries, soit un azote sous forme de nitrates. Quand les organismes sont mangés, une partie est consommée par ce prédateur le reste est rejeté dans les déjections et sert de nutriments sous forme d’ammonium ou en nitrates par ces bactéries, selon le cas.

pH

Le pH du sol est une mesure de l’acidité du sol qui s’échelonne de 1 à 14, 1 étant très acide, 14 étant très alcalin, la médiane étant 7. Les bactéries nitrifiantes préfèrent généralement un sol plus alcalin au-dessus de 7. Ces bactéries vont diminuer dans un sol plus bas que 7 et seront presque absentes dans un sol plus bas que 5, ce qui veut dire que sans bactéries nitrifiantes… et Archaea, l’ammonium ne sera pas converti en Nitrite puis en nitrates.

Mon compost a un pH régulier de 7.5, soit un peu basique. J’alimente la culture de mon compost principalement de BRF. Le ratio fungi/bactérie, f/b est certainement prédominant fungi. Un pH de 7.5 est le milieu idéal pour la propagation des bactéries. Le fait de travailler avec un compost déjà avancé dans sa transformation favorise la vitalité de ces bactéries. La lignine, via une transformation par les fungi, devrait générer un pH acide autour de 5 et moins. Ce maintien du pH à 7.5 régulier, dans mon compost, est le travail des bactéries, dont les bactéries nitrifiantes, et s’il y a des bactéries il y aura des protozoaires qui boufferont principalement les bactéries et libèreront les nitrates.

Un milieu de vie

 

PROPORTION CARBONE/AZOTE (C/N)

La proportion carbone par rapport à l’azote (C/N) est un facteur important pour la croissance des plantes. Un C/N entre 15/1 et 30/1 est idéal. La sciure de bois (wood chips) peut avoir un C/N de 500/1, le BRF est à 200/1 et moins et la feuille verte aura entre 80/1 et 40/1. Le C/N de mon compost, à l’automne 2013, me donne 22.5/1, ce qui est plus qu’idéal. Partir de 200/1 , ou entre 80/1 à 40/1 pour en arriver à 22.5/1 dans l’espace de deux saisons est le travail des champignons qui génèrent l’ammonium et des bactéries qui génèrent les nitrates. En passant, j’utilise mon BRF Feuillu avec la feuille, sauf à la fin de l’automne, avant la neige.

Effervescence du printemps en juin. Arrivage de matériel par derrière le paysage

 

BACTÉRIES AÉROBIQUES VS ANAÉROBIQUES

Il y a deux types de bactéries. Les bactéries anaérobiques, qui vivent sans air, sans oxygènes, vont souvent favoriser les bactéries pathogènes, alors que les bactéries aérobiques, qui ont besoin d’air et d’oxygène, vont favoriser principalement les bactéries bonifiantes pour le sol. Le fait d’oxygéner le compost permet la prolifération de ces bactéries aérobiques. Les bactéries anaérobiques dégagent de fortes odeurs de soufre, œufs pourris, et d’alcool, ce qui est toxique pour les plantes. Alors que je m’affaire à ventiler ou mélanger mon compost, il m’arrive souvent de recevoir des clients qui s’exclament spontanément : « que ça sent de bonnes odeurs de terreau! » Mon compost a toujours de bonnes odeurs de terreau. On se remplit les poumons d’oxygène en le respirant. C’est là le travail des bonnes bactéries aérobiques, champignons... dans un humus couleur foncé chocolat café.

Miscanthus Sinensis Zebrinus, Miscanthus Sinensis Gracillimus... Gigantesques


C’EST LE JARDIN QUI PARLE

C’est le jardin qui parle. Les vivaces, comme on l’a vu, vont préférer un azote plus riche en ammonium, dans un compost à base fungi. Les vivaces ont une croissance trois fois plus vite qu’en sol fertilisé aux engrais de synthèse. Aux dires de certains clients qui jardinent depuis plus de 30 ans, la floraison est trois fois plus abondante, deux fois plus longue. Il faut venir dans mes jardins l’été, le spectacle se passe de commentaire avec des plantes aux feuillages vert santé qui atteignent des dimensions et des systèmes racinaires hors du commun. Les vivaces produites avec engrais de synthèse, à peu près sans sol, vont donner un feuillage abondant, mais peu de racines. D’ailleurs, les fongicides, insecticides, herbicides et pesticides, détruisent les micro-organismes du sol, de même que les fertilisants de synthèse alimentent directement la plante, cela outre passe le réseau d’inter échange des micro-organismes et détruit la matière organique et la vie du sol. L’agriculture chimique fonctionne alors en hydroponie, sans sol, sans vie. Quand j’ai à acheter de tels plants, je dois leur laisser passer un an dans mon bon sol avant de pouvoir les diviser, le temps qu’ils se développent un bon système racinaire.

Lors d’un été très sec, les gens achetaient des cèdres pour des haies. Souvent, ces plants avaient deux mètres et les racines étaient coupées à 20 cm du tronc (sic). Cette plantation se faisait dans de la terre pauvre, sablonneuse. Peu de temps après, les plants séchaient jaunissaient, la plantation était en perdition. Ils m’étaient alors référés. Même dans des conditions aussi périlleuses, où les gens étaient sûrs d’avoir tout perdu, on a pu sauver la plupart de ces plantations avec une application de mon compost et d’une couche de 5 cm de BRF en paillis et, dans bien des cas, en appliquant simplement une couche de BRF en mulch. Une plantation directement dans ce compost avec 5 cm de BRF en mulch est mieux, avec de bons plants, même plus petits, mais avec tout leur système racinaire est encore bien mieux.

Les graminées préfèrent un sol riche en nitrate, via l’action des bactéries. Durant ce même été de sécheresse, des nouveaux clients sont venus me voir pour un semi de gazon sur une terre compactée. Je leur ai prescrit 5 cm de mon compost, semis de gazon et application d’un centimètre de BRF Feuillu avec un fin fumet d’arrosage, une seule fois, pour stimuler la germination. Trois jours après, le gazon pointait. Cinq semaines plus tard, il tondait sa pelouse. Après le semi, il y avait eu 45 jours sans pluie avec des pointes de température atteignant 38 degrés C.  J’ai fait souvent de tels gazons. J’ai une belle collection de graminées au jardin. La croissance est rapide et la dimension des plants est hors du commun. Le gazon fait de graminées demande un sol plus riche en nitrates, donc un sol à prédominance bactéries. Le succès est là avec mes composts et mulch de BRF, donc les bactéries font leur travail au compost avec une continuité dans l’application terrain. J’ai fait souvent de tels nouveaux gazons, tout comme la réfection de gazons abimés a subi une cure de revitalisation sans précédent.

Grosse carotte juteuse, non fendillée

 

LE POTAGER AVEC BRF

Un client sur deux fait des potagers avec mon compost et mon BRF Feuillu. Parmi eux, plusieurs sont fanatiques de jardinage potager dont certains me disaient faire plusieurs dizaines de variétés de tomates avec grand succès, en constatant une nette amélioration depuis qu’ils utilisent mon compost et BRF Feuillu en mulch. Les succès sont très bons pour les différentes espèces potagères. Depuis 25 ans que je suis ouvert au public, j’ai quand même eu 5 ou 6 cas de clients où le potager a moins bien fonctionné la première année et un cas, il y a environ une quinzaine d’années, où les fleurs annuelles n’ont pas bien fonctionné. Dans tous ces cas, il s’agissait d’une nouvelle butte montée de mon compost pur, avec couvert de 2 cm de BRF Feuillu en mulch, sur un emplacement de sable pur et quasi stérile, doublé d’un été chaud et sec. Ces cas d’exception attirent mon attention. Le site est certainement très important. Il s’agit là d’un compost pur qui va se bonifier avec le temps si on conserve une application permanente d’un mulch de BRF Feuillu. Je garde une homogénéité dans les composantes de mon compost.

L’analyse de sol de mon compost de la fin 2013 donne un résultat de 42 % de matière organique, ce qui est très haut et, comme on l’a vu, un C/N de 22.5/1, une bonne composition des différents minéraux assimilables par les plantes, un CEC de 28.3. Le taux d’azote est bon. J’alimente la culture de mon compost principalement de BRF. Les bactéries thermophiles s’installeront d’abord, avec la montée temporaire de la température. Suivra l’étape mésophile, température moyenne, où les fungi s’attaqueront à cette nouvelle concentration en jeune lignine, puis les bactéries mésophiles reprendront progressivement leur concentration jusqu’à la maturité du compost, le processus se continuant dans l’application au jardin. Comme on l’a vu, les champignons vont transformer l’azote en ammonium. Les plantes potagères vont avoir besoin d’azote sous forme de Nitrates. La base de fonctionnement est bien là, dans un haut taux de matière organique, dans mon compost, avec un transport de micro-organismes d’une culture à l’autre. Dans le cas par cas, si le sol en a besoin, on peut facilement amener un correctif avec le vermicompostage ou avec, ce que les Américains appellent, le « Tea Compost ».

Jardins fleuris


CAPACITÉ D’ÉCHANGE CATIONIQUE (CEC)

Les fines particules du sol sont chargées d’électricité. Ces particules sont appelées ions. Les ions positifs (+) sont appelés cations, et les ions négatifs (-) sont appelés anions. Quand un cation est lié à un anion, il est absorbé par l’anion. Le sable a des particules trop grossières pour transporter les charges électriques. L’argile et l’humus ont des particules assez fines pour avoir des charges négatives anions. Les cations qui sont absorbés par l’argile et l’humus sont : le calcium (Ca++), potassium (K+), sodium (Na+), magnésium (Mg++), fer (Fe+), ammonium (NH4+), et hydrogène (H+). Ce sont tous là des nutriments majeurs pour les plantes et ils sont retenus dans le sol par l’argile et l’humus. Il y a aussi des anions dans le sol : chloride (Cl -), nitrate (NO3-), sulfate (SO4-), et phosphate (PO4-) qui sont tous des nutriments pour les plantes. Ces anions sont répulsifs aux anions de l’argile et de l’humus. Ils demeurent donc en solution dans le sol et sont à risque d’être lessivés dans le sol. La surface des radicelles a aussi sa propre charge positive, cation. Les racines échangent un cation d’hydrogène (H+) contre un de nutriment absorbé. C’est ainsi que les plantes s’alimentent. L’endroit où l’échange de cations se fait est connu comme le site d’échange des cations et le nombre de ces sites d’échanges mesure la capacité du sol à retenir les nutriments ou la capacité d’échange cationique (CEC). Plus le CEC est haut, plus le sol aura une capacité de retenir les nutriments, et le sol sera d’autant meilleur pour la croissance des plantes. Il est donc important d’avoir un sol riche en matière organique avec une base argileuse. Trop d’argile et peu d’humus donneront un bon CEC, mais aura un sol trop compact qui manque d’air, un drainage pauvre. La texture du sol est importante.

 

VERS DE TERRE

Vous allez avoir une bonne population de vers de terre si vous avez une bonne concentration de protozoaires. Beaucoup de protozoaires signifie que vous avez beaucoup de bactéries. Beaucoup de bactéries nitrifiantes implique que vous aurez les nitrates qu’il vous faut pour jardiner votre potager. Mes clients me disent qu’ils ont beaucoup de lombrics dans leur terreau, tout comme dans mes jardins. Le lombric est un tube digestif. Dans de bonnes conditions, il peut ingérer jusqu’à 10 % du sol par an. Dans le gésier du ver de terre se retrouvent de fines particules de sable et de roc qui, avec les fortes contractions et extensions, vont broyer les particules plus grossières du sol en particules plus fines. C’est ce qui leur sert à la mastication alors que les lombrics sont dépourvus de dents. Le matériel ainsi affiné est acheminé dans son intestin où se trouvent des bactéries qui par leurs enzymes vont rapidement les transformer en nutriments. Une partie va être assimilée dans le sang du lombric et le nourrir, le résidu va être évacué dans le sol au grand bonheur du jardinier. Ces boulettes fécales contiennent sept fois plus de phosphate que dans un sol dépourvu de vers de terre, dix fois plus de potasse disponible, cinq fois plus d’azote, trois fois plus de magnésium et une fois et demie plus de calcium. Les enzymes produits dans l’intestin des vers de terre déverrouillent l’accès de ces minéraux et les rendent disponibles pour les plantes.

Juillet

 

« TEA COMPOST »

Le « Tea compost » est une culture aérobique de micro-organismes. Un simple contenant de plastique de 20 litres, une pompe, qui peut être une pompe à aquarium, un boyau de 1.20 m, des pierres (volcaniques) oxygénantes d’aquarium et voilà, la quincaillerie est là pour fonctionner avec 20 $ d’investissement. Un peu de compost, environ 4 tasses pour 20 litres d’eau non chlorée. Si vous voulez accroître vos populations de bonnes bactéries dans votre sol, un compost à base cellulosique (résidus de gazon sans herbicides ni fertilisants chimiques), pourra être utilisé comme activant de votre culture. Emplissez le contenant d’eau sans chlore et vous actionnez la pompe à un régime moyen. Des bulles trop petites avec un jet trop violent peuvent abimer les micro-organismes. La circulation de l’air permet l’aérobie de cette culture. Si votre culture sent mauvais, elle manque d’air, si elle sent bon, c’est OK. Dans un ou deux jours, vous allez avoir une culture de bactéries aérobiques que vous allez pouvoir pulvériser directement sur votre parcelle qui a besoin d’un surplus de bactéries et qui va, entre autres, convertir votre azote en nitrates. Vous pouvez également l’épandre sur votre compost au besoin. Un peu de sucre ou dérivé de sucre (mélasse sans souffre, pour ne pas détruire les bactéries peut faire l’affaire) dans la solution va également stimuler la propagation des bactéries. Si on a déjà un ratio plus fungi avec notre compost à base de BRF Feuillu, on balance ainsi le ratio Fungi/Bactéries avec un « Tea Compost » à base cellulosique. Le vermicompostage peut aussi servir de nourriture à ce type de compost. Comme on l’a vu, les bactéries dans l’intestin des vers de terre vont générer un vermi compostage riche en bactéries et très efficace pour démarrer la culture d’un « Tea compost ».

Je conseille à mes clients, qui font leur compost domestique, d’y ajouter une partie de mon compost qui va accélérer la maturation de leur compost. Selon la culture visée, si vous voulez une composition plus en bactéries, vous pouvez y joindre une plus ou moins grande proportion de résidus à base cellulosique, comme les résidus de gazon, si vous n’utilisez pas de produits chimiques sur vos gazons. Vos résidus domestiques vont stimuler les bactéries, mes composts à base BRF vont amener une prédominance fungi.

Les plantes de cycle court, comme les plantes potagères vont préférer un sol à base de matériel cellulosique de cycles courts, à prédominance de bactéries et dans l’ordre, vivaces, arbustes et arbres auront progressivement une préférence pour les sols riches en fungi. En fin de compte, les « old growth », ces vieilles forêts climaciques vont préférer un sol à dominance fungi. D’ailleurs, feuilles et brindilles sont là, dans leur milieu pour alimenter leur cycle de préférence. D’ailleurs, le sol a besoin et utilise ce qu’il produit sur place, l’arbre, les résidus de l’arbre, et pour les plantes de cycle court, les résidus de cycle court, soit à dominance cellulosique.

Cimicifuga, Crocosmia Lucifer, Rodgersia, Ligularia, Brunerra

 

PERMACULTURE ET ÉQUILIBRE FUNGI/BACTÉRIES ADAPTÉES À LA CULTURE

Jardiner des plantes annuelles, de cycle court, avec des méthodes conventionnelles, sur un sol à découvert demande des apports constants en nutriments. Il ne faut pas oublier que, lorsque l’on sème son potager, les plantes ne sont pas là tout de suite pour procéder à la photosynthèse, amener les polysaccharides aux radicelles, stimuler les fungi et bactéries et activer les cycles de vie en réseautage. Ils doivent d’abord germer et atteindre un certain volume avant d’avoir un effet significatif en ce sens. Il est à remarquer que, lorsque les plantes potagères ont atteint une certaine dimension, la croissance s’accentue de façon exponentielle pour arriver à maturité. Elle joue alors son rôle sol-plante. La nature ne travaille pas en sol à découvert. Pour jardiner des plantes potagères, de cycle court, on part d’un semi, donc à partir de la graine, et on enlève le tout à la récolte d’automne. Cela demande un sol de cycle court, avec un sol équilibré f/b. Jardiner dans des principes de permaculture est certainement un incontournable et pallie à ce besoin. Conserver une bonne partie de mon compost de l’année précédente et le multiplier avec ses nouveaux intrants, principalement de BRF Feuillu frais, assure le transport des micro-organismes d’une culture à l’autre. Le fait d’enrichir la culture en BRF Feuillu frais va momentanément augmenter le ratio de fungi dans le compost. La proportion bactéries, protozoaires et autres micro-organismes vont se réinstaller et reprendre leur place à mesure que le compost se transforme en terreau. Le processus se poursuit lorsqu’on monte la butte au jardin et atteindre un équilibre f/b.

Comme on l’a vu, un tel bon compost et paillis approprié vous donnent une très bonne base pour un sol vivant riche et en santé, et riche en matière organique. Si, et seulement si c’est nécessaire, un simple correctif balancera l’équilibre nécessaire selon la culture pratiquée.

En permaculture, on monte une butte permanente avec un tel type de terreau une première fois et on n’a plus à ajouter de nouveau compost. Il faut cependant conserver une couverture végétale permanente en paillis ou mulch. Le sol reste auto fertile dans le temps. La plate bande pourra avoir environ 1,5 m de large et on évitera de compacter le sol. Le sol est souple et ventilé. On évite d’utiliser un rotoculteur ou de labourer et herser le sol, cela brise la structure du sol et abime les micro-organismes, dont les fungi, et aussi les précieux lombrics. Le sol de la butte va se balancer dans un équilibre F/B. Comme en forêt, on reproduit les cycles de la tombée des feuilles et des brindilles avec l’application d’un mulch de BRF tous les ans pour conserver une couche permanente d’environ 2 cm en surface du sol sur les plates-bandes comme dans les allées de façon continue sur toute la surface jardinée. J’ai des plates-bandes qui ont plus de 20 ans sans autre apport qu’une telle couche annuelle de BRF Feuillu en mulch et la vitalité du sol et des plantes est toujours là et bien apparente, des plantes exubérantes en volume avec des feuillages en santé. Avec ce compost à base de BRF Feuillu, on bénéficie d’un matériel de cycles longs adaptés aux plantes de cycle long : vivaces, arbustes et arbres et on peut l’adapter, au besoin, pour les plantes de cycle court : annuelles et plantes potagères, tout en gardant l’énorme avantage d’une matière organique riche en micro-organismes qui dure dans le temps si on maintient une couverture permanente de BRF Feuillu, avec des principes de permaculture.



BONIFICATION DANS UN SOL VIVANT

Lorsqu’il pleut, si vous avez des sols sablonneux et dépourvus de matière organique, l’eau va descendre rapidement dans le sol, par gravité et va atteindre la nappe phréatique et se rendre aux cours d’eau. Si vous avez un sol riche en matière organique, un sol souple, non compacté, non travaillé mécaniquement, et riche en micro-organismes, l’eau de pluie va être capturée par ce sol poreux. L’eau va remonter, par capillarité, au niveau des racines et radicelles, là où la plante en a besoin. Lorsque la température est plus sèche, les porosités s’abaissent en eau et se remplissent d’air dans le sol. Un tel sol souple et riche conservera une humidité ambiante constante, sans être saturé d’eau. L’eau et l’air sont nécessaires à la vitalité des micro-organismes : fungi, bactéries, protozoaires, arthropodes, lombrics… ainsi qu’aux plantes qui en font partie de façon réseautique et cyclique. Vous n’avez donc plus besoin d’irriguer vos jardins.

Un tel sol riche en humus et vivant de micro-organismes augmente la température du sol, qui gèle moins l’hiver et sera plus frais l’été, avec une humidité constante, sans être gorgé d’eau. La saison active des plantes est prolongée dans les deux bouts de la saison et l’activité est accentuée même l’hiver dans le cas des vivaces, arbustes et arbres. Je ne perds jamais de plantes avec ces méthodes culturales.

Une telle bonne structure de sol riche en humus et un peu d’argile, riche en micro-organismes aura une excellente rétention contre l’érosion.

Un tel bon sol avec un mulch diminue le désherbage et le peu qui reste est facilité par un sol souple.

L’humus qui a pris des décennies à se former en forêt feuillue par la tombée des feuilles et des brindilles, dans un processus de cyclage et recyclage, via les organismes vivants qui l’animent, nous le reproduisons de façon accélérée avec ce compost à base de BRF. On introduit la vie et l’humus avec ce compost et on maintient la vie avec une couche permanente de BRF Feuillu frais en surface, ce qui assure une pérennité de la vie, de façon autofertile, une copie de la nature qui se renouvelle ainsi depuis l’aube des temps.

Cimicifuga Black Beauty, Anthémis Tinctoria War Grave..

 

CONCLUSION

Aussitôt que j’ai ouvert mes jardins au public, il a plus de 25 ans, voyant les bons résultats, les gens m’ont tout de suite demandé mon sol. Voyant toute l’ampleur que cela pouvait représenter, j’ai quand même commencé progressivement à en produire, autant en compost qu’en BRF aux fins de mulch. Je jardine avec les BRF depuis plus de 35 ans. Le BRF ce n’est pas une panacée qui peut résoudre toutes les problématiques du jardinage. Il faut l’utiliser de façon conséquente, en considérant ses capacités et ses limites. Bien adapté, c’est une composante très intéressante dans la dynamique de vie des sols, particulièrement dans la formation d’un humus permanent, lorsque bien géré.

Jardiner, c’est quand même un procédé artificiel que l’on doit, autant que possible, naturaliser. La nature ne maintient pas une sélection de plantes, en rangée… d’oignons, sur un sol… à découvert, dans un milieu que l’on veut. Bien jardiner un sol vivant et en santé, comprendre et adapter la bonne nourriture du sol en fonction des cultures vous donnera bien plus qu’un jardin réussi, vous devenez un peu une partie intégrante du phénomène vivant qui vous entoure et, quelque part, un élément actif dans son accomplissement.

Plantes, fungi, bactéries, protozoaires... développent des attractants qui bonifient leur propre cercle de qualité et, par le fait même un cercle de qualité chez leurs aidants naturels et que le milieu soit ainsi globalement bonifié. Est-ce que l’actuel royaume humain, aussi impérial et dominant qu’il soit, de sa puissante intelligence, pourra enfin faire une transition de son statut de prédation destructive à celui de construction d’un monde sain, fertile? L’homme n’étant qu’une simple composante dans cet ensemble, s’il multiplie son statut parasitaire, en sera-t-il rejeté, et la nature ne s’en portera-t-elle que mieux? Est-il toujours temps de mettre en œuvre ces changements d’attitudes et de conscience culturelles? Qu’est-ce qui fait que cette magie peut encore se passer pour bonifier notre nature humaine, David Suzuki nous donne une réponse toute simple : « au risque de faire vieux hippie, c’est tout simplement : l’Amour. »

Il faut continuer à affiner notre compréhension du milieu vivant, ce qui est en soi fascinant et ne peut que nous émerveiller. Nos interventions ne seront que plus adaptées et harmonieuses avec ces cycles de vie, et la vie devient plus belle et les retours d’énergie ne sont que meilleurs. Partager tout cela, le témoigner, le faire essayer ne fait qu’extensionner le cercle de nos énergies intimes, seul dans son propre jardin, que l’on partage, pour essaimer à un autre jardin, et à un autre, un peu comme des familles de fungi et de bactéries... comme un travail de fourmis... une courte pointe de verdure qui pourra nous surprendre à nous rejoindre.

Multiplions les harmonies... et la beauté s’installera autour de nous et bien des élans du cœur que l’on peut appeler nos petits et grands bonheurs.


Bon jardinage, bonne vie

Jacques Hébert
Jardinier et propriétaire des

Jardins Vivaces
594, George Muir
Québec, Québec
G2N 2H2

tél. 418-849-7609
www.jardinsvivaces-livegardens.com
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Bibliographie :

Fukuoka, Masanobu. La Révolution d’un seul brin de paille. Paris : Editions de la Maisnie, c1983, 202 p.

Ingham, E., et al. Soil Biology Primer. Soil & Water Conservation Society and USDA Natural Resources Conservation Service, 2000.

Lowenfels, Jeff et Wayne Lewis. Teaming with Microbes : The Organic Gardener's Guide to the Soil Food Web. Portland : Timber Press, c2010, 220 p.

Minnich, Jeremy and Marjorie Hunt. The Rodale guide to Composting. Emmaus, Pa. Rodale Press.c1979, 405p.

Stamets, Paul. Mycelium Running : How Mushrooms can help save the world. Berkeley : Ten Speed Press, c2005, 343 p.

Wright, Sarah F. Glomalin : hiding place for a third of the world's stored soil carbon. Agricultural Research Magasine, vol. 50, no. 9, september 2002.

 

Fin de journée paisible