Les Jardins vivaces de Charlesbourg
Tournée 2008 en France PDF Imprimer Envoyer

Hemerocallis

Un sol de type forestier feuillu

à naturaliser en sol agricole

par les BRF

 

Texte du contenu de 12 conférences données en France entre le 27 septembre et le 11 octobre 2008, entre autres au Jardin botanique de Paris et au Jardin botanique de Bordeaux sur la gestion écologique des sols par les Bois Raméaux Fragmentés (BRF) .

Par Jacques Hébert, propriétaire des Jardins vivaces à Québec

 

Lorsque vous entrez en forêt, vous sentez cette atmosphère oxygénante de fraîcheur ambiante. Il y a là un milieu propice à la propagation de la vie. La tombée des feuilles et des brindilles des feuillus, couche par couche, année après année, génère une pédogenèse des sols qui est particulièrement chargée de vie.

C’est connu que, lorsqu’il pleut, il y a en moyenne 40 % de la pluie qui n’atteint pas le sol. L’humidité reste en suspend entre le houppier et le sol. La sol, ainsi protégé par le houppier et par la nouvelle litière qui s’ajoute tous les ans, dégage également des vapeurs propices à la propagation de la vie du sol et des plantes.

La réserve de l’arbre est dans la branche. Cette jeune lignine est la nourriture et le stimulant pour le développement et la propagation des mycéliums, ces champignons microscopiques qui sont des agents importants pour la formation de l’humus du type mull.

L’arbre, comme toutes les plantes ne vivent pas que par l’apport du sol. Les feuilles et l’ensemble du houppier sont étalés comme un gigantesque capteur de soleil. L’énergie du soleil y est transformée, par photosynthèse, entre autres, en hydrates de carbone qui eux sont acheminés, par voie de canalisation de la sève, aux racines. C’est dans les radicelles, ces plus fines racines, où il y a sécrétion de ces sucs pour prendre contact avec le sol.


Réseau trophique

Les champignons et autres microorganismes se nourrissent, entre autres de ces sucs et les transforment. Il y a génération de sels minéraux de base, mais aussi toute la gamme des sels minéraux traces, et cela, de façon continue dans le temps. En agriculture conventionnelle, les engrais de synthèse, soit les engrais chimiques, sont appliqués à un moment donné dans le temps, toujours à trop forte dose, ce qui détériore l’humus et génère une dépendance des plantes à ces engrais. En contrepartie, cet humus du type mull génère des hormones de croissance et des antibiotiques naturels, la santé du sol et des plantes s’en trouve améliorée. Les mycéliums s’installent spontanément sur la jeune lignine (source d’inspiration de ce qui devait être nommé Bois Raméaux Fragmentés ou BRF). Une microfaune, dont les acariens et collemboles, se développe. Ils sont dotés d’outils de mastication et broient encore plus finement la jeune lignine, ouvrant davantage la voie aux mycéliums. Ces derniers sont aussi mobiles et permettent la propagation de cette saine contamination des mycéliums.


Les lombrics, particulièrement du type anicin, se retrouvent dans ce milieu ambiant de choix. Le ver de terre est un peu comme un tube digestif. Il forme des enzymes et des bactéries. En plus de ventiler le sol, il bouffe littéralement le sol dans des proportions allant jusqu’à 10 % du sol par an. Ses déjections sont un humus pur contenant ces enzymes et ces bactéries. À la limite, si on mettait un ver de terre sur le béton, au soleil, en peu de temps il dessécherait. Comme nous avons besoin de respirer, il a besoin de son humidité ambiante pour survivre. Un bon humus entraîne plus de lombrics. L’inverse est aussi vrai. Mais où et comment peut-on commencer ces réseaux de la vie?


Cet ensemble forme un réseau trophique, un réseau de vie interdépendant, fertile, sain, équilibré et qui perdure dans le temps, si les conditions se maintiennent. Une bonne partie des plantes cultivées en agriculture sont des plantes de soleil. Il est très légitime, mais aussi d’un grand défi de faire la transposition d’un tel type de sol forestier feuillu, donc dans un écosystème de sous bois, à l’ombre et humide, à un sol agricole, donc à découvert, soit au soleil. Il m’apparaît donc indispensable d’essayer de reproduire ce milieu écosystémique pour que cette magie de la vie des sols s’installe et se perpétue dans l’espace-temps que nous allons créer et entretenir.

 

Objectif de qualité

Vouloir isoler et se servir d’une de ces composantes, soit la branche de feuillu est certainement une très bonne idée, mais il ne faut pas oublier que, pour obtenir le même effet naturel, cette branche, soit cette jeune lignine des arbres, doit se retrouver dans ce même contexte écosystémique, ou s’en rapprocher le plus que possible. Fragmentée, la jeune lignine de ces branches vivantes de feuillus ne doit pas être vue comme un nutriment, encore moins un fertilisant. Dans le monde perturbé que l’on vit, on a souvent tendance à vouer une adoration à une recette miracle qui va tout régler spontanément. Tout comme notre lombric, le BRF doit se rapprocher le plus que possible de son milieu symbiotique. On ne travaille pas particulièrement pour le BRF ni pour le lombric, on essaie de monter une pédogenèse de sol d’un type forestier feuillu, certainement ajusté à un milieu ensoleillé et à découvert, mais qui se tient dans son tout. C’est là notre objectif de qualité. Il faut retourner s’en inspirer là où ces phénomènes se passent naturellement. Même après toutes ces années, ça ne finit pas de m’émerveiller.


Donc, si je reprends : « mais où et comment peut-on commencer et reproduire ces réseaux de vie? » Comme il s’agit de réseaux de vie, il faut viser la qualité sur tous les plans. La qualité entraîne la qualité.

 

BRF de qualité

Il faut d’abord commencer par un BRF de qualité. J’ai d’abord éliminé tout résineux dont certains sont pires que d’autres. Citons l’exemple d’un sol qui a porté une plantation de Juniperus (genévriers) pendant des années. Les plants comme les racines avaient été enlevés, et même avec le bon terreau et le bon paillis de BRF de feuillus comme on peut avoir ici, il en a fallu trois ans pour remettre le terreau en production, alors que normalement mon terreau avec mon paillis de BRF feuillus me donne un résultat immédiat et riche en santé. Les Larix , mélèzes sont probablement dans les pires, alors que l’on pourrait toujours tolérer les rameaux du Thuja Occidentalis, qui est largement utilisé en ornementation urbaine. Le Thuja Occidentalis, est, entre autres, riche en calcium. En ce qui me concerne, j’ai préféré donner comme prescription à mes fournisseurs en BRF d’éliminer tout résineux pour éviter le débordement de réception du côté résineux. Les résineux sont des plantes préhistoriques. En quelque sorte, ils repoussent toutes formes de vie pour s’installer. Ils redonnent au sol en fin de cycle, lorsque l’arbre ou le peuplement tombe au sol et se refait. Même dans les BRF de feuillus, il y a des nuances de qualité à faire. Les feuillus pionniers du type alnus, salix ou populus, ont un c/n avantageux, mais plus de polyphénols, ces derniers étant inhibiteurs de croissance, tandis que les essences feuillues du type acer, quercus, ulmus ont un C/N moins avantageux mais aussi moins de polyphénols. Heureusement, en milieu urbain, on retrouve surtout des feuillus climaciques, soit des feuillus nobles. Les fortes odeurs d’un BRF de peuplier sont un indice à faire attention. Une concentration pure de BRF de peuplier peut avoir un effet immédiat d’inhibition de croissance. Je ne recommande pas les concentrations de BRF de peuplier à plus de 15%. Ici, je prends le BRF de Populus seulement quand il y en a un peu avec les autres essences désirées, ce qui représente un faible pourcentage de 1 ou 2 % maximum. J’ai le choix. Comme autre critère de qualité du BRF, il faut un BRF vivant, donc une branche verte. Éliminez le bois mort ou malade. Plus la brindille est fine, meilleure est sa qualité. La littérature recommande 7 cm et moins. À 7 cm, on peut faire facilement du bois de chauffe. Si on peut s’en tenir à 5 cm et moins c’est encore bien mieux. La granulométrie est aussi importante. Avec mon outillage, je peux affiner à autour d’un centimètre. Une telle fine granulométrie offre de plus grandes surfaces d’attaque des organismes vivants du sol pour une transformation en humus. De plus, il faut avoir jardiné pour savoir qu’une telle fine granulométrie s’applique facilement et coule autour des plants pour couvrir complètement le sol autour des plants. D’un autre côté, si vous utilisez une granulométrie grossière, allant même à une longueur de 10 à 15 cm, la transformation va être plus lente. Et quel embarras dans un jardin?

Le BRF doit être utilisé frais et, comme on vient de le voir, vivant. Ce qui n'est pas utilisé en mulch ou paillis, est utilisé à alimenter la culture de mon terreau ou mon précompost.

 

Camions

 

Affinage

 

Premiers essais

J'ai fait mes tout premiers essais à l’été 1979. J'ai fractionné de la petite branche de feuillus avec une machette, sur une bûche. Quoi de plus rudimentaire? Je m’en suis servi comme paillis sur mon potager domestique. Quelques années après, en changeant pour ma propriété actuelle, j’ai commencé à recevoir du BRF d’un arboriculteur. Le BRF était grossier. Je l’affinais avec une débroussailleuse rotative de 80 cm. C’était laborieux, mais j’arrivais à faire un produit assez affiné. Je m’en servais uniquement pour mes jardins. En 1988, j’ai commencé petit à petit, à une échelle commerciale, mes jardins actuels. Je commençais à peine à vendre des plantes vivaces horticoles que, voyant la qualité de mes plants, les gens ont vite commencé à me demander mon sol. Je leur répondais que j’arrivais à peine à le produire pour mes propres jardins. De mon côté, je m’inquiétais aussi à savoir dans quelles conditions mes belles plantes pouvaient se retrouver.


Il a été reconnu que l’enfouissement du BRF dans les premiers centimètres ou encore l’application de BRF en surface puis incorporation aux premiers centimètres de sol générait une faim d’azote, ce qui freine la croissance des plantes les premières années.

J’ai développé, ce que j’appelle une culture d’un sol de forêt feuillu, un levain que je multiplie avec du BRF de feuillu seulement. Ce qui a pris des décennies à se former en sous-bois de forêt feuillus, je le fais ici en quelques mois. Je le faisais déjà pour moi. Ma clientèle n’était certainement pas prête à attendre quelques années avant d’avoir un résultat sur leur terrain.

On monte notre butte avec ce terreau, qui aura de 20 à 30 cm d’élévation, et on recouvre immédiatement de notre BRF de feuillus frais. Vous pouvez planter vos vivaces directement dans ce terreau. Si vous avez déjà un terreau organique de qualité loam ou argile, vous pouvez mélanger votre nouveau terreau ou pré compost avec cette argile ou ce loam. Mélanger ce nouveau terreau avec un sol sablonneux appauvrit la culture. Par contre, mon substrat mélangé en surface à un sol argileux, toujours avec mulch de BRF Feuillu va assouplir l’argile et devenir un sol souple et organique. Quand vous êtes prêt à planter, vous raclez le paillis, à l’emplacement du plant, on plante et on recouvre immédiatement de paillis de ce même BRF.

L’effet est immédiat. Les plants s’installent, racines et feuillages de couleurs santé se développent immédiatement et sans broncher.

 

Plantes gigantesques

 

Terreau fermenté

 

Ce terreau fermenté à base de BRF Feuillu introduit la vie dans ce sol d’adoption et avec ce mulch de BRF, la vitalité se perpétue dans le temps et, sans défaillance. Le plus longtemps que j’ai fait avant de remonter une vieille platebande, c’est 18 ans. J’y ai donc enlevé les plantes, donné un coup de bêche et la terre était toujours d’une fertilité évidente. On la recouvre immédiatement de mulch de BRF Feuillu et une nouvelle plantation repart. C’est la vigueur de la nouvelle plantation qui nous donne la vraie lecture de la qualité soutenue de ce sol. Attention! Si vous laissez le sol à découvert, ne serait-ce qu’une journée et même une heure seulement, les enjeux deviennent différents. Il faut être aussi logique, si vous aviez une plantation, par exemple de Cimicifuga, qui, ici, en tous les cas, peut atteindre 250 cm de hauteur et un système racinaire de 45 cm de profondeur sur un mètre de largeur, si vous enlevez une telle plantation, vous avez donc un déficit de sol de… 45 cm. Durant tout ce temps, ces plantes vivaient bien ainsi, et toujours sans défaillance, ils avaient colonisé le milieu, mais, si vous voulez repartir une plantation, il faudra évidemment renouveler ce terreau.

Lorsque mes nouveaux clients ont déjà une plantation, et qu’ils veulent donner un tonus à leurs vieilles platebandes, sans enlever leur plants, je prescris une application de mon substrat à raison d’environ 5 cm sur l’ensemble de la platebande, donc tout autour des plantes, on nivelle avec la main et on applique immédiatement le BRF Feuillu en mulch. Les commentaires sont unanimes. Les plantes bondissent en croissance et immédiatement.

 

Hiver

 

Peu importe la technique de travail avec le BRF ou autrement, le sol devrait toujours être recouvert de BRF Feuillus. Avec 2 cm de BRF, on peut se rapprocher du milieu symbiotique que nous offre une couverture forestière de 30 mètres. La plante cultivée joue sensiblement le même rôle symbiotique que le peuplement d’arbres en forêt. Il est à remarquer que lorsqu’une jeune plante est mise en terre, les radicelles et nouvelles racines s’installent et se développent rapidement dans un tel milieu de vie, mais il y a un point charnière de développement du feuillage et des tiges… et des racines, où la croissance de la plante s’accélère de façon exponentielle et arrive à maturité de façon fulgurante. Dans cet ordre d’idée, si vous semez des plantes annuelles, dont les plantes potagères, ce terreau devra avoir atteint une maturité plus avancée dans sa transformation en sol puisque ce rythme d’équilibre sol-plante n’est pas atteint. Si on met une plante vivace qu’elle soit horticole, comme dans notre cas, ou autre, cet équilibre est déjà opérationnel puisque la plante est là dans toutes ses fonctions. Je fais pourtant même des boutures fragiles et la reprise est phénoménale.



Effets du BRF

Les effets utiles sont les suivants :

  1. Une seule application de mon terreau suffit à maintenir la vitalité du sol sans amendement ni autre apport de compost subséquent. On initie le processus vivant dans le sol d’adoption, avec mon substrat et on maintient la vie avec une couche de mulch de BRF Feuillu d’environ 2 cm tous les ans. Comme je l’ai dit plus haut, je relève souvent de vieilles platebandes qui peuvent avoir 8, 10 12 ou 15 ans et la vitalité est toujours là. J’ai souvent reparti avec succès une nouvelle plantation avec ce même terreau, sans avoir ajouté de nouveaux terreaux, mais je dois souvent devoir relever la butte, qui se retrouve en déficit de hauteur, du fait de l’exportation du volume des racines, et de leur terre que nous enlevons. Je remets alors mon nouveau terreau pour rehausser ma plate-bande et évidemment on lui redonne un nouveau tonus, ce qui est quand même pas mal après toutes ces années de bons résultats sans défaillance dans le temps. L’agronomie classique vous donne toujours comme consigne que la plante demande de l’énergie et des nutriments au sol et qu’il faut donc en ajouter au besoin, ce qui n’est pas le cas avec nos méthodes culturales écosystémiques. Ce mode sol-plante devient autofertile. Donc, ce jeune terreau, reproduisant un humus du type Mull de forêt feuillue, initie le processus vivant dans le sol et la couche de mulch de BRF Feuillu génère le milieu symbiotique pour que se perpétue cette vitalité dans un effet continu dans le temps si… les conditions préalables sont maintenues.
  2. Il y a une régulation de l’eau. L’humidité ambiante est maintenue, non seulement dans le sol, mais, encore une fois, l’humidité ambiante entre la tige des plantes boucle en effet cyclique. Il faut aussi gérer les entre-deux. Vous n’avez donc plus besoin d’irriguer ou d’arroser vos jardins. Le sol conserve une humidité ambiante constante. Il ne s’agit plus d’eau libre, mais de vapeurs d’eau en suspension dans le sol. On a donc un sol composé d’éléments de vie qui dépasse de beaucoup les nutriments, et on a le facteur eau, sous forme d’humidité ambiante de façon continue dans le temps. Ce sont là des composantes majeures pour le succès de bonnes plantations et le maintient de la vie dans son ensemble.
  3. Peu ou pas de désherbage. Bien sûr, il faut désherber le terrain avant d’appliquer un tel nouveau terreau de cette qualité, sinon on va favoriser la propagation de ces herbes adventives. Ce terreau avec application de BRF Feuillu en mulch peut diminuer votre désherbage de 75 % la première année et diminuer progressivement les années subséquentes. Sur plus de 400 platebandes, nous avons mis environ 8 à 10 heures de désherbage durant l’année 2008, ce qui n’est vraiment qu’un léger entretien. Il faut dire que les haies et brise-vents délimitent la périphérie. Il faut gérer ses bordures et faire en sorte que les jardins soient le plus regroupés que possible contrairement à des bandes linéaires exposées à la compétition sur de plus longues bordures.
  4. Du fait de la structure de ce type de sol, il y a peu ou pas d’érosion. J’ai souvent prescrit ces méthodes culturales dans des pentes dépassant 45 degrés et même sans plantation, avec de grosses averses et le sol a très bien tenu.
  5. Du fait de la grande activité du sol, il y a un réchauffement du sol. Comme en forêt, le sol gèle moins l’hiver et est plus frais l’été. L’activité des plantes commence plus tôt le printemps et finit plus tard l’automne. Mes jardins sont en avance sur les autres de ma région. Je gagne une zone de rusticité. J’ai de la clientèle qui vient de zones 5 et 6 et qui me dit que mes jardins sont en avance sur eux, alors que je suis zoné 4b, soit plus froid qu’eux. Cela ouvre un avantage sur la production de primeurs en production maraichère. Même pour nous, les plantes se développent mieux et plus vite si la durée de végétation est prolongée. J’ai même divisé des plants en novembre, juste avant les grosses gelées et j’en vendais tôt, le printemps suivant, ce qui veut dire que ces racines se sont développées sous la neige durant l’hiver.



Sol vulnérable

J’aimerais attirer votre attention sur un fait naturel en forêt. Ce n’est pas tout à fait exact que la forêt feuillue est continuellement à couvert. En fait, l’automne, les feuilles tombent et le sous-bois se retrouve à découvert, mais... vous avez une couche fraîche de feuille qui fait charnière et couvre intégralement la surface du sol. L’hiver passe dans son humidité et au printemps, la lumière pénètre toujours jusqu’au sol, mais vous avez toujours votre litière fraîche, de l’automne précédent, mais déjà en voie de transformation. Les feuilles s’installent aux arbres et les cycles suivent leurs cours.

Donc, en jardinage, la période de temps où le sol est le plus vulnérable, c’est, d’abord, lorsqu’il n’y a pas de plantation, et lorsque la jeune plantation démarre. L’interéchange sol-plante n’est alors pas fonctionnel. Après la récolte des légumes, particulièrement les légumes racines, les jardiniers ont souvent tendance à laisser le sol à découvert, souvent jusqu’au printemps suivant. Le sol ne devrait jamais être à découvert, et c’est surtout là que le sol est le plus vulnérable, et que le mulch est d’autant plus important. Vous devez recouvrir le sol derrière vous de mulch de BRF. Quand je fais un prélèvement de plant, je me retrouve avec un déficit, dû au volume de la racine prélevée et de la terre qui l’accompagne. Je ramasse un peu de terre autour, comme je peux et je regarnis un peu l’excavation, et je recouvre immédiatement de mulch de BRF, le temps de revenir combler le déficit de terreau, et toujours de mulch. Je suis avec un client et je dois continuer ses achats.

Le sol ne devrait jamais être à découvert. En faisant une telle opération, si je retourne une concentration de mycélium au soleil, le champignon est déshydraté et mort dans 15 minutes.



Bonifier le milieu

Je dis, depuis longtemps, que je produis 3 fois plus vite dans mes jardins en comparaison avec des méthodes de culture chimiques conventionnelles. Un nouveau client de l’an passé, horticulteur amateur et passionné depuis plus de 30 ans, me disait cet été qu’avec l’application de mon terreau et de mon mulch de BRF Feuillu ses plantes ont triplé de volume et ont fleuri 2 fois plus, avec une vigueur qu’il n’avait jamais vue. C’est ainsi que ces gens satisfaits passent la bonne nouvelle à leur entourage.

Depuis le début, j’ai toujours essayé de bonifier le milieu ambiant sous tous ses aspects, haies brise-vents, étangs… Petit à petit, j’ai construit mes jardins, toujours avec les BRF. Les principes de permaculture me semblent évidents. Nous avons eu un hiver de plus de 500 cm de neige en 2007-2008. Donc, beaucoup d’eau de la fonte des neiges. Du printemps à la mi-août, nous avons eu de la pluie tous les jours, sauf 5 ou 6 jours où il n’a pas plu dans la journée. Il y avait abondance d’insectes et de limaces, mais… je n’ai jamais vu autant de grenouilles. On retrouvait des grenouilles partout dans le jardin et sur le terreau en préparation. L’équilibre s’est ainsi fait et sans débordement.

 

Flore de septembre

Comme on l’a vu, bien sûr, on part avec un bon terreau de base et on entretien la vie avec le mulch de BRF Feuillu dans des principes de permaculture, soit en montant des buttes permanentes en remuant la terre le moins possible par la suite. Donc fini les labours et le rotocultage. On ne mélange plus les horizons de sol et on ne brise plus la structure du sol, sans parler de la déshydratation et les ruptures des cycles de la vie du sol qui s’en suit.

 


Des méthodes

Vous avez différentes façons de développer cette culture. Logiquement, si on retourne toujours aux sources, ce phénomène se passe en sous-bois. Il serait tentant d’aller simplement prélever cette litière de forêt feuillue et de l’incorporer au jardin. De un, ce serait piller un milieu pour en favoriser un autre et de deux, il est loin d’être certain que sol de forêt feuillu soit spontanément adapté à ce milieu ensoleillé, même sous couvert de mulch de BRF.

Il s’agit d’inoculation et de milieu de vie de champignons pour en arriver à un humus de type humus de forêt feuillu.

À petite échelle, vous pouvez faire un léger prélèvement de ce sol forestier feuillu et commencer à faire un mélange avec du BRF Feuillu. Ce milieu de vie est en sous-bois, travaillez-le en sous-bois. Lorsque le substrat est assez bien transformé, soit au bout de quelques mois, ajoutez-y une nouvelle dose de BRF Feuillu sur une faible épaisseur et ainsi de suite. Quand vous aurez suffisamment de volume, vous pouvez greffer ce substrat à votre plate-bande et en conserver une moitié pour continuer votre culture et ainsi de suite. Évidemment, lorsque vous montez votre butte permanente, vous recouvrez de 2 cm de BRF Feuillu.



Milieu de vie de base

Vous pouvez aussi appliquer une couche d’environ 30 cm de BRF Feuillu en ayant pris soin de trouver l’emplacement d’un sol particulièrement riche. À un mètre de distance et vous pouvez avoir des différences très marquées. Vous prenez ainsi ce que l’on pourrait appeler l’empreinte d’un tel type de sol. Les étapes pour amener cette préparation aux jardins, c’est le doigté et le bon jugement du bon artisan des sols. Le milieu de vie de base est d’abord là, en sous-bois de forêt feuillue.

Tard, à l’automne 2007, j’ai fait une application de BRF en sous-bois sur une épaisseur de 30 à 40 cm, en laissant des baisseurs aux emplacements des sentiers, entre les futures plate-bandes. J’ai trop de soleil dans mes jardins pour mes plantes d’ombre. J’ai 145 variétés de hostas. Donc, en octobre et novembre 2007, j’ai commencé à transplanter certains hostas de collection dans ces buttes fraîchement montées de BRF. Bien qu’on ait pris soin de conserver un peu de terre autour des racines, ces plants ont été plantés directement dans le BRF, mais il ne faut pas l’oublier, en sous-bois. Je n’aurais jamais fait cela en jardin à découvert. Cet été, tous les plants ont un feuillage vert santé, et les nouvelles racines se sont développées sur plus de 15 cm tout autour. On peut sortir les plants à la main. Il n’y a pas sol. Ce BRF s’est mélanisé, soit noirci. On voit qu’il se transforme graduellement en humus, mais c’est quand même du BRF en transformation en ce moment-ci, soit en septembre 2008. Si on prenait ce substrat pour l’introduire aux jardins, de toute évidence, il ne serait pas prêt pour bien gérer un semis potager. Il n’est pas encore assez avancé dans sa transformation au terreau, mais le processus est bien enclenché.



Plate-forme de stockage

Si on veut produire en plus grande quantité, comme c’est mon cas, on ne peut pas se promener en forêt avec des tracteurs sans briser, non seulement les arbres et les racines, mais aussi en compactant les radicelles des arbres essentiels à leur survie. Vous pouvez le faire à petite échelle, à la fourche et à la brouette, mais pas mécanisé, ou si vous le pouvez, faites-le…, sinon, on peut essayer de s’en rapprocher au maximum.

Il faut d’abord se développer une plate-forme de stockage le plus possible entourée d’arbres, soit prêt du boisé, ou entourée d’une haie brise-vents, en protégeant surtout le côté sud du soleil. Afin de pouvoir passer avec les tracteurs, la plate-forme est sur le dur. On perd donc le contact direct avec le sol forestier.

 

M. Dominique Soltner

 

Après 5 ou 6 mois de mûrissement, vous pouvez mélanger votre culture ou levain, en ajoutant 50 % de BRF Feuillu frais et vivant. Veillez à ce que le mélange soit homogène. Je mélange avec ma pelle de tracteur. Vous le recouvrez d’une couche de BRF Feuillu. Après un mois, il est préférable de le déplacer, ce qui le ventile en l’oxygénant et ce qui le rend encore plus homogène. Vous pouvez répéter l’opération tous les mois si vous voulez. Pour ma part, je le laisse passer l’hiver et je le ventile quelques jours avant de l’utiliser ou de le laisser aller pour la vente à mes clients. Je fais mes mélanges le plus souvent par journées de pluie. C’est d’ailleurs le seul temps que j’ai. Il y a alors moins de monde pour la vente des plants. Il n’y a pas que la pluie qui humecte le préparat tout en le mélangeant, l’humidité ambiante est d’un stimulant incroyable évidemment remarquable par ces vapeurs d’eau combinées avec la chaleur.

J’essaie que la température des tas ne dépasse pas 30 et pas plus que 40 degrés C dans le coup de feu, au moment où on introduit le BRF Feuillu vert. À haute température, nous détruirions les microorganismes pour les récupérer après le coup de feu. C’est le dosage du vieux substrat par rapport aux nouveaux intrants qui vont limiter cette montée de température.



Apport d'argile

J’utilise aussi un apport d’argile de surface que je mélange à ma culture. Je brise, comme je peux ces mottes d’argile avec ma pelle à tracteur, mais on part quand même avec des mottes pouvant dépasser 15 cm. Après un mois de cette incorporation, l’argile est dissoute par la chaleur et intégrée dans la culture. Après un mois de l’incorporation de cette argile, il ne reste de ces mottes d’argile de plus de 15 cm que des pastilles d’environ 2 cm. On fait un autre mélange oxygénant et ces pastilles d’argile vont se dissoudre complètement dans l’ensemble de la préparation.

L’argile a entre autres la propriété de fixer les nutriments tout en amenant les colloïdes au sol. Évidemment, on fait coïncider cet apport d’argile à l’apport de BRF Feuillu frais avec la vieille culture. Le dosage peut varier selon le besoin. Si notre culture, ou notre terreau est destiné à un sol argileux ou à un bon loam, l’argile de la préparation devrait être moindre ou absente, vous allez la récupérer en allant le chercher en mélangeant votre nouveau terreau. Si vous êtes dans un sol sablonneux, il sera préférable de ne pas mélanger votre nouveau terreau avec ce sable, ce qui aurait pour effet d’appauvrir votre culture. La dose d’argile devrait être augmentée dans le cas de sols sablonneux. Comme nous l’avons vu plus haut, dans le cas d’un terreau destiné au potager, l’apport en argile pourra atteindre 25 % introduit par 2 ou 3 doses, soit à raison de 7 ou 8 % à la fois. Vous le sentez quand la préparation est prête.



Respecter certaines règles

J’ai eu connaissance qu’un entrepreneur s’est improvisé dans la préparation de… compost… ou terreau. Certains de ses proches venaient chez moi et prenaient mes produits avec un grand succès, comme c’est le cas pour tous mes clients. Il a amassé une terre de sous bois, plutôt argileuse mélangée avec du BRF que je déclassais au niveau de la qualité. Donc ce que je ne prenais pas, lui le prenait gratuitement. Il s’agissait d’une part de résineux, de bois sec… Il y avait certainement du bon dans tout cela, mais le tout était mélangé. Il n’avait pas de broyeur. Le copeau de BRF était donc souvent en grosses particules. Il semblait avoir mélangé ce BRF avec ce terreau plutôt argileux et de surface, donc un sol forestier qui devrait être de bonne qualité. Je suis repassé un an après et son mélange a donné de la brique. Il n’y avait pas eu de transformation. C’était du copeau de bois avec de l’argile fossilisée, comme un ensilage. Le type ne prend plus de BRF.

J’ai eu des demandes de fermiers me demandant ce qu’ils pouvaient faire avec leurs fumiers, dans une perspective d’utilisation des BRF. Au risque de déplaire aux puristes des BRF, lorsque j’ai commencé mes jardins, je pouvais avoir du fumier de mouton chez un éleveur qui pratiquait un sain élevage. Il se creusait un étang et pouvait disposer de cette terre noire, un peu acide, mais quand même pas une terre de tourbière. Il avait une entreprise d’excavation. C’était avantageux puisqu’il avait les camions et chargeurs. Je lui faisais mélanger son fumier d’un an à ce terreau que je laissais vieillir un an. Il me l’amenait ici et je le mélangeais à mon BRF et le résultat était excellent, avec un ph qui devenait neutre avec le nouveau mélange avec BRF. J’ai fait cela quelques années et puis il est décédé et ses fils n’avaient que de la terre sablonneuse tamisée dépourvue d’intérêt. Je fonctionne maintenant sans apport animal. Ce terreau, comme l’argile est souvent prise dans la mauvaise herbe et, après le passage dans mes mélanges, jamais vous n’allez voir une seule mauvaise herbe sur mes tas. La chaleur neutralise tout transport de mauvaises herbes. Lorsque vous appliquez ce terreau à vos jardins, il est donc exempt de mauvaises herbes.

Il n’y a pas de règles absolues dans tout cela. Il faut cependant respecter certaines règles. C’est le terrain qui parle et vous le rappellera selon le cas.

Au printemps, la demande en BRF Feuillu est forte. Toute ma production va pour le mulch de BRF. Ce n’est que dans le mois de juillet que j’ai du surplus qui me permet de commencer mes mélanges.



Une expérience

J’aimerais ici attirer particulièrement votre attention sur une expérience que j’ai vécue ici avec mon propre terreau, ou compost ou pré compost, si vous voulez. Il y a 2 et 3 ans, je me suis retrouvé en fin de saison et je n’avais plus que ce terreau fraîchement mélangé à trois reprises. Rendu en octobre, je n’ai presque plus de clientèle et j’ai plus de temps pour refaire des platebandes. J’ai utilisé ce jeune terreau mélangé à trois reprises pour monter de nouvelles buttes et vérifier s’il travaillerait mieux en compost de surface. J’ai planté et mis mon mulch comme à l’habitué. Il faut comprendre que plus je mélange ainsi mon vieux substrat à du nouveau BRF, plus la culture est jeune et diluée. On se rapproche donc du BRF pur. Dans ces cas, j’ai eu une pénurie d’azote se faisant sentir pendant les 2 années subséquentes. Ce qui est intéressant ici, c’est que ce même terreau (venant de la même préparation et du même tas que ce qui m’a servi pour monter ces buttes qui on eu des carences d’azote) que j’ai laissé maturé en tas et que j’ai utilisé au printemps suivant m’a donné le beau terreau sans carence d’azote avec une superbe production dès la plantation et en continu dans le temps. L’expérience a été faite dans des platebandes avoisinant les parcelles témoins. Cette expérience m’a démontré, encore une fois que le compost de surface appliqué l’automne précédent a eu des carences et ne s’est pas équilibré par rapport au terreau que j’ai laissé vieillir quelques mois, le temps de l’hiver, en tas.

Je prends soin de me garder une quantité de mon terreau de l’automne précédent pour mes propres jardins et pour finir ma saison de vente pour mes clients. Je ne vends pas de terreau qui a eu un 2e mélange de BRF dans la même saison.

Encore une fois, tout cela est aussi une question de senti. On cultive la vie. On le sent quand le matériel est prêt… à continuer de son propre chef… dans de bonnes conditions naturalisées



Conclusion

Notre approche conventionnelle et moderne nous prescrit trop souvent un modèle de gestion en dominance par le haut, voulant tout contrôler, alors que, comme on le voit trop souvent, on est débordé de partout et trop souvent de façon quasi irrécupérable. La nature était là bien avant nous, s’ajustant dans ses moindres replis. Bien plus qu’une recette, bien plus qu’un produit appelé BRF, tiré d’un ensemble écosystémique, il semble bien plus à propos de mettre en marche ces systèmes de vie et que l’on s’y greffe dans une composante harmonieuse, douce et dans le respect de ce qui nous entoure et de ce qui devrait nous être le plus cher.

Les champignons sont essentiels à la vie sur la terre. Je tiens à vous témoigner de tout cela parce que je pense que ce sont de bonnes avenues pour que la vie puisse reprendre son cours d’une façon harmonieuse, fertile et joyeuse sur l’ensemble de ses composantes, l’être humain en faisant partie intégrante.

 

tournée terminée

 

J’aimerais remercier Mme. Eléa Asselineau qui m’a invité et a organisé cette tournée. J’aimerais également remercier tous ceux qui ont collaboré dans cette tournée, que ça soit financièrement, ou qui nous ont gentiment accueillis, souvent chez-eux. Merci à tous.

J’aimerais attirer votre attention sur l’excellent ouvrage français sur les Bois Raméaux Fragmentés, auquel j’ai amené ma petite contribution :

Asselineau, Éléa et Gilles Domenech.
De l’arbre au sol; les bois raméaux fragmentés.
Éditions du Rouergue, c2007, 190pp.

 

Une partie des jardins

 

Bonne chance à tous et bonne vie


Jacques Hébert
22-09-2008